15 févr. 2008

19 heures 15

Alors que la sonnerie retentit, je me dirige de mon habituel pas nonchalant vers la porte par laquelle j'étais entré à l'instant. Ce pas, je le traîne depuis déjà un bon paquet d'années et il m'a toujours été très utile pour masquer mon réel état d'esprit, ce qui s'avérait fort à propos. En effet, j'étais alors le témoin récent d'une scène plus qu'inhabituelle qui n'avait d'ailleurs pas manqué de piquer au vif ma curiosité hypertrophiée. Cette scène avait-elle un quelconque rapport avec les évènements qui suivirent ? Je n'en sais toujours rien mais ce n'est pas dit qu'elle n'en eut pas. Peut-être le saurai-je dans un futur plus ou moins lointain... Toujours est-il que j'avais vu quelques minutes plus tôt, en tentant de me rendre aux toilettes, l'intégralité de l'équipe 2 quitter furtivement son local - laissé vide et et sans éclairage – en tachant d'échapper à la surveillance placide mais non moins efficace de la paire de surveillants qui portaient donc bien leur nom, c'est à dire sur les épaules, comme le font les turcs avec leurs progéniture.

Ruminant mentalement la scène que j'avais aperçu, je me dirigeai vers le local de la 5, histoire de reluquer de nouveau le magnifique costume blanc qu'avait arboré leur chef adjoint tout au long de cette journée, encore assez courte à ce moment-là. Après le spectacle des membres de l'équipe portant dûment l'appellation d'équipe "théâtre", je saluai le dit chef adjoint et c'est alors que ce dernier, qui porte avec aisance et de sa propre volonté, le prénom de Marcel, me narra avec enthousiasme mais un ennui apparent, le coup de destin dont il était victime.

Le lascar s'était fait dérober plus tôt l'un de ses téléphones portables, car il en possédait deux, l'habile homme, mais il avait, me dit-il, pu identifier l'indélicat qui lui avait, soit dit en passant, laissé un billet; billet qui n'était autre que les coordonnées du rendez-vous qu'il lui fixait. J'appris donc, dans la foulée, que ce rendez-vous était fixé fermement sur l'escalier extérieur, à 20h très exactement. Le dit Marcel m'expliqua, faisant route vers le réfectoire, le plan que son esprit machiavélique avait échafaudé pour contrer cette farce, qui n'était d'ailleurs pas italienne comme c'est généralement le cas des farces.

Le jeune Machiavel des temps modernes avait décidé de renverser la plaisanterie à son avantage, compromettant le voleur et lui versant en fin de compte quelques tasses d'eau bien tassée sur le chef. Le plan était subtil : il s'agissait d'envoyer légèrement avant l'heure du rendez-vous un acolyte y déposer une lettre citant un passage de la Bible que le ravisseur lirais pendant que mon compagnon, caché à l'étage du dessus, l'appellerais sur son téléphone, ajoutant à l'étonnement de voir un appel venant de quelqu'un à qui il avait normalement dérobé son téléphone, celui de recevoir quelques tasses d'eau sur la tête, déposée là au préalable par l'acolyte précédemment cité.

Le plan me plut, ainsi que l'affaire que je décidai de suivre avec la présence d'une ombre derrière son obèse propriétaire californien du Sud, Bakersfield pour être précis. Je suivi donc le costumé à sa table où je l'avais prié de m'inviter courtoisement, ce qu'il n'avait pas manqué de faire. La suite du plan fut mise en exécution durant le repas et un jeune garçon de l'équipe fut envoyé déposer sur les lieux du rendez-vous la lettre. À partir de là, tout n'était plus qu'une question de temps et de précision dans le timing. Nous quittâmes à notre tour la table et nous dirigeâmes vers le bâtiment, attendant l'appel du jeune acolyte qui devait nous rendre compte de la situation. L'appel vint mais avec lui un imprévu - comme le sont d'ailleurs tous les imprévus – qui ne tacha pas de nous contrarie. Le portable de mon ami vint à manquer de ressource, c'est-à-dire que sa batterie lui faussa compagnie, préférant s'endormir, faute d'énergie en réserve. Heureusement, nous avions compté large et avions donc le temps de parer à cet imprévu en échangeant nos cartes de portable, prêtant ainsi mon portable à mon compagnon. Mais cela ne marcha pas comme nous le voulions. Bien heureusement, la batterie endormie retrouva après coup assez de courage pour nous prêter main forte et faire fonctionner l'appareil le temps de recevoir l'appel. Nous apprîmes que le jeune homme avait trouvé sur le lieu du rendez-vous un autre message reportant le rendez-vous à 21h45 à la cantine, selon son témoignage. Furieux d'avoir ainsi été devancés, nous nous rendîmes sur les lieux afin de vérifier tout cela de nous-mêmes. Ayant trouvé cette nouvelle lettre, je la lus, ce qui me permit de rectifier le jeune loustic sur le lieu du deuxième rendez-vous qui était fixé à la cabine téléphonique et non à la cantine. Mais notre étonnement atteint son paroxysme à la découverte d'un autre billet, lui, fixait ce nouveau rendez-vous à 22h30, à la chapelle, rendez-vous auquel il serait très dur de participer étant donné son lieu et son heure. Après avoir envoyé, par prévention deux autres boy-scouts sur ces deux lieux, nous attendîmes qu'ils rentrent bredouille pour nous séparer, nous donnant mutuellement rendez-vous à 21h30 pour la suite de l'affaire. Et tandis que j'écris ces lignes, l'heure avance et approche...

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