15 févr. 2008

19 heures 15

Alors que la sonnerie retentit, je me dirige de mon habituel pas nonchalant vers la porte par laquelle j'étais entré à l'instant. Ce pas, je le traîne depuis déjà un bon paquet d'années et il m'a toujours été très utile pour masquer mon réel état d'esprit, ce qui s'avérait fort à propos. En effet, j'étais alors le témoin récent d'une scène plus qu'inhabituelle qui n'avait d'ailleurs pas manqué de piquer au vif ma curiosité hypertrophiée. Cette scène avait-elle un quelconque rapport avec les évènements qui suivirent ? Je n'en sais toujours rien mais ce n'est pas dit qu'elle n'en eut pas. Peut-être le saurai-je dans un futur plus ou moins lointain... Toujours est-il que j'avais vu quelques minutes plus tôt, en tentant de me rendre aux toilettes, l'intégralité de l'équipe 2 quitter furtivement son local - laissé vide et et sans éclairage – en tachant d'échapper à la surveillance placide mais non moins efficace de la paire de surveillants qui portaient donc bien leur nom, c'est à dire sur les épaules, comme le font les turcs avec leurs progéniture.

Ruminant mentalement la scène que j'avais aperçu, je me dirigeai vers le local de la 5, histoire de reluquer de nouveau le magnifique costume blanc qu'avait arboré leur chef adjoint tout au long de cette journée, encore assez courte à ce moment-là. Après le spectacle des membres de l'équipe portant dûment l'appellation d'équipe "théâtre", je saluai le dit chef adjoint et c'est alors que ce dernier, qui porte avec aisance et de sa propre volonté, le prénom de Marcel, me narra avec enthousiasme mais un ennui apparent, le coup de destin dont il était victime.

Le lascar s'était fait dérober plus tôt l'un de ses téléphones portables, car il en possédait deux, l'habile homme, mais il avait, me dit-il, pu identifier l'indélicat qui lui avait, soit dit en passant, laissé un billet; billet qui n'était autre que les coordonnées du rendez-vous qu'il lui fixait. J'appris donc, dans la foulée, que ce rendez-vous était fixé fermement sur l'escalier extérieur, à 20h très exactement. Le dit Marcel m'expliqua, faisant route vers le réfectoire, le plan que son esprit machiavélique avait échafaudé pour contrer cette farce, qui n'était d'ailleurs pas italienne comme c'est généralement le cas des farces.

Le jeune Machiavel des temps modernes avait décidé de renverser la plaisanterie à son avantage, compromettant le voleur et lui versant en fin de compte quelques tasses d'eau bien tassée sur le chef. Le plan était subtil : il s'agissait d'envoyer légèrement avant l'heure du rendez-vous un acolyte y déposer une lettre citant un passage de la Bible que le ravisseur lirais pendant que mon compagnon, caché à l'étage du dessus, l'appellerais sur son téléphone, ajoutant à l'étonnement de voir un appel venant de quelqu'un à qui il avait normalement dérobé son téléphone, celui de recevoir quelques tasses d'eau sur la tête, déposée là au préalable par l'acolyte précédemment cité.

Le plan me plut, ainsi que l'affaire que je décidai de suivre avec la présence d'une ombre derrière son obèse propriétaire californien du Sud, Bakersfield pour être précis. Je suivi donc le costumé à sa table où je l'avais prié de m'inviter courtoisement, ce qu'il n'avait pas manqué de faire. La suite du plan fut mise en exécution durant le repas et un jeune garçon de l'équipe fut envoyé déposer sur les lieux du rendez-vous la lettre. À partir de là, tout n'était plus qu'une question de temps et de précision dans le timing. Nous quittâmes à notre tour la table et nous dirigeâmes vers le bâtiment, attendant l'appel du jeune acolyte qui devait nous rendre compte de la situation. L'appel vint mais avec lui un imprévu - comme le sont d'ailleurs tous les imprévus – qui ne tacha pas de nous contrarie. Le portable de mon ami vint à manquer de ressource, c'est-à-dire que sa batterie lui faussa compagnie, préférant s'endormir, faute d'énergie en réserve. Heureusement, nous avions compté large et avions donc le temps de parer à cet imprévu en échangeant nos cartes de portable, prêtant ainsi mon portable à mon compagnon. Mais cela ne marcha pas comme nous le voulions. Bien heureusement, la batterie endormie retrouva après coup assez de courage pour nous prêter main forte et faire fonctionner l'appareil le temps de recevoir l'appel. Nous apprîmes que le jeune homme avait trouvé sur le lieu du rendez-vous un autre message reportant le rendez-vous à 21h45 à la cantine, selon son témoignage. Furieux d'avoir ainsi été devancés, nous nous rendîmes sur les lieux afin de vérifier tout cela de nous-mêmes. Ayant trouvé cette nouvelle lettre, je la lus, ce qui me permit de rectifier le jeune loustic sur le lieu du deuxième rendez-vous qui était fixé à la cabine téléphonique et non à la cantine. Mais notre étonnement atteint son paroxysme à la découverte d'un autre billet, lui, fixait ce nouveau rendez-vous à 22h30, à la chapelle, rendez-vous auquel il serait très dur de participer étant donné son lieu et son heure. Après avoir envoyé, par prévention deux autres boy-scouts sur ces deux lieux, nous attendîmes qu'ils rentrent bredouille pour nous séparer, nous donnant mutuellement rendez-vous à 21h30 pour la suite de l'affaire. Et tandis que j'écris ces lignes, l'heure avance et approche...

21 heures 30

Une nouvelle fois, la sonnerie. Cette fois-ci, j'ai à faire et je délaisse la nonchalance de mon pas pour me rendre avec empressement au même lieu que la dernière fois, le local de la 5. Décidément, j'aurai été souvent dans ce local cette soirée-là. Arrivé là-bas, je retrouve mon compagnon, toujours dans son costume blanc, et nous discutons ensemble de la suite de notre plan. Suite à la tombée à l'eau du dernier, il faut que nous en trouvions un nouveau pour échapper à cet insupportable sentiment de se faire mener en bateau par le mystérieux ravisseur qui s'amuserait de faire passer par dessus bord toute entreprise de notre part pour jouer avec nos propres règles au jeu qu'il nous impose. Rageant, en effet. Le plan de secours est le suivant : en utilisant de nouveau les deux acolytes, anciennement éclaireurs, pour suivre de près le ravisseur dont nous pensons connaître l'identité, mon ami l'appelle et répète en quelque sorte le plan précédent en remplaçant les tasses d'eau par la muraille de notre quatre corps lui barrant toute route tant que l'appareil n'est pas récupéré. Je me demande d'où lui vient ce besoin de régler par l'utilisation d'un téléphone une affaire de vol de téléphone... Mais pas le temps de lui poser la question où que ce soit, je dois l'abandonner dans un coin pour suivre mon compagnon vers l'accomplissement de son machiavélisme. Nous voyons notre suspect quitter tranquillement son local, comme si de rien n'était. Rapidement, les deux hommes de mains – ou devrais-je dire garçons de main au vu de leur jeune âge – se mettent en place, prêts à intervenir et à l'encercler lorsque la conversation téléphonique sera engagée.

Mais là, misère de misère, il nous a repéré. Feignant que ce fait l'indiffère, il continue son chemin mais nous enregistrons l'information : il faut rapidement dégager, ou au moins le faire croire, pour permettre à mon ami de passer le coup de téléphone en question. Nous nous éclipsons derrière une porte et l'appel est lancé. Court mais intense, en voici le contenu, du moins la partie que j'ai entendu, prononcée par mon compagnon :

-Alors tu crois avoir mon portable ?

-Et bien oui, tu l'as, mais c'était sans compter le fait que j'en ai deux, vois-tu !

-Marcel, t'es vraiment un boulet.

Cette dernière phrase, je l'ai entendue mais elle vient de derrière mon dos. Je me retourne pour me trouver face à notre individu, portable à la main, qui cherche manifestement une explication à cette mascarade. Mais nous ne sommes pas dupes et, alors que Marcel feint de continuer sa blague en gardant l'autre en ligne et en lui parlant par ces deux moyens simultanés, nous passons notre chemin pendant qu'il fait signe aux deux garçons de se mettre en marche. Heureux de pouvoir enfin agir, les deux jeunes hommes s'élancent et tentent d'encercler le voleur qui, feignant l'étonnement, s'enfuit par les escaliers, poursuivis par les deux lascars et les injonctions de mon compagnon :

-Ne le lâchez pas avant qu'il ait craché le morceau.

Satisfaits, nous devisons sur le sujet tout en suivant le même chemin. Arrivé en bas de l'escalier, l'histoire est oubliée et je lui demande s'il veut m'accompagner à la salle du collège où j'ai l'habitude d'aller jouer du piano le soir vers cette heure-ci. M'ayant répondu par l'affirmative, il va téléphoner quelques temps pendant que je me rends à ma chambre pour y récupérer mes partitions en vu de cette répétition. Arrivant devant le bâtiment de l'internat, je remarque notre voleur aux prises avec les deux jeunes garçons, tentant désespérément de leur expliquer qu'il n'est pour rien dans cette histoire afin de pouvoir rentrer tranquillement. Ignorant son mensonge évident, je continue vers ma chambre. Il finira bien par avouer de toute façon, l'affaire est déjà réglée. Mais c'est au moment de ramasser mes partitions qu'un détail me saute aux yeux. La porte de mon placard est fermée alors que je la laisse toujours ouverte, faisant sécher ma serviette dessus. Evidemment, ce détail peut paraître insignifiant mais, ajouté au fait que ma serviette est entièrement sèche, il prouve que ce changement a été effectué récemment, après le passage des femmes de ménage en l'occurrence. Et si l'on réfléchit encore plus loin, cela signifie que quelqu'un est entré dans cette pièce et a eu à faire avec mon placard. N'écoutant que mon instinct, j'ouvre ce dernier et constate avec étonnement qu'il ne manque rien, du moins au premier coup d'œil.

Une étude approfondie m'apprend que le premier coup d'œil était le bon et qu'il ne manque effectivement rien à mes affaires personnelles. Ce détail ne manque pas de m'étonner mais, heureusement, un autre détail me donne matière à penser et c'est encore une fois une lettre. Je la déplie lentement, m'attendant à tout et j'y découvre ces quelques mots, vaguement familiers :

Tu as perdu ton livre ?

RDV 22h30 à la chapelle

Me voilà donc impliqué dans cette affaire et je dois avouer que c'est rageant. Le pire c'est que je remarque enfin que mon exemplaire flambant neuf du Capital a disparu, ce que je n'avais pas remarqué malgré mon étude attentive. Je m'arrête ici pour me justifier quant à la possession de ce livre. Je n'ai pas pour habitude de clamer sur tous les toits la supériorité du système libéral et c'est vrai que mes opinions politiques tendent à pencher du côté dont je me sers le moins – étant droitier - mais pas au point d'adhérer aux idées de ce cher Marx. L'achat de ce livre n'était donc qu'une forme de curiosité, histoire de, quoi. Enfin bon, voilà. Je fais ce que je veux, de toute façon. A-t-on jamais vu l'auteur se justifier aux yeux des lecteurs...

Toujours est-il que je suis maintenant impliqué dans cette affaire et que cela remet en cause toutes nos conclusions à propos de la culpabilité de notre suspect. D'ailleurs, ça me rappelle qu'il est peut-être encore aux prises avec les deux petits gorilles, s'il n'a pas avoué le crime qu'il n'a pas commis, ce qui risque d'être le cas. Pensant à tout cela, je suis en chemin vers le lieu où je l'ai vu pour la dernière fois mais je croise les deux garçons qui me confirment que ce n'est pas lui, d'après témoins et autres. Bon, j'ai oublié mes partitions mais je crains que cette soirée se passera de pratique musicale intensive, si les évènements continuent comme ils s'enchaînent actuellement; une fois de plus, c'est rageant. Il faut que je prévienne de toute cela mon ami qui doit être en train de téléphoner. D'ailleurs à propos de téléphone, on a rendez-vous à la cabine téléphonique dans une minute...

21 heures 43

Je me précipite d'un pas rapide vers la chapelle en jetant un coup d'œil à l'heure. Ça va encore, il me reste 2 minutes pour récupérer mon compagnon et ensemble courir au rendez-vous pour peut-être rencontrer le mystérieux ravisseur qui est pour le coup très mystérieux. Le voilà, à l'angle du collège, en pleine conversation téléphonique. Un coup d'œil à la cabine, rien ni personne. Pour l'instant. En tout cas, moi je suis presque arrivé jusqu'à lui et je peux entendre avec beaucoup d'indiscrétion quelques mots de sa conversation qui portent manifestement sur une histoire d'achat de poêle à frire pour Noël. Je ne peux m'empêcher de noter l'incongruité du détail avant de lui faire comprendre par gestes rapides et saccadés qu'il faudra qu'il remette cette histoire de poêle à plus tard parce qu'on a encore du pain sur la planche.

-Je t'ai dit que je téléphonais et qu'on se rejoignait au piano !

-Je sais mais il ne s'agit pas de ça. Vois-tu, notre suspect s'est avéré ne pas être ton voleur de portable et, en plus, je commence à penser que cette affaire n'est pas qu'une simple plaisanterie à ton égard. Suis-moi.

-Où cela ?

-À la cabine, on a déjà une minute de retard.

En arrivant à la cabine, je remarque tout de suite ce que je craignais. Il n'y a personne en vue. Et pas le moindre message ni quoi que ce soit. Rageant. Nous décidons d'attendre parce que, les malfrats aussi ont le droit d'être en retard. Quelques minutes plus tard, nous voyons approcher un jeune homme manifestement énervé. Pensant à tous les coups avoir affaire à notre homme, nous attendons qu'il soit assez proche et nous lui sautons dessus alors qu'il s'apprêtait à nous interpeller. "He, vous ! Vous -" Dommage pour lui, il est à terre et mon ami, à qui j'ai entretemps relaté les derniers évènements, le menace.

-Alors, où est-ce que tu as mis mon portable, sale canaille ! Répond, mécréant, ou je te foudroie !

Il faut dire que mon ami a le sens du théâtre.

-Mais j'ai rien fait, moi, c'est vous qui m'avez volé ma réserve de goûters ! Rendez-les moi, je suis venu au rendez-vous, j'ai pas que ça à faire.

Voilà autre chose. Alors comme ça il y aurait une troisième victime. C'est sûr, ce type pourrait être en train de nous mentir mais ça me paraît invraisemblable. Et puis quelque chose me dit qu'il dit la vérité. Je ne sais pas quoi, une intuition qui commence tout juste à naître dans mon esprit. En tout cas, on le relâche et on se regarde, embêté, pendant qu'il se relève.

-Alors comme ça, toi aussi on t'a volé quelque chose et donné rendez-vous ici ?

-Oui, ma réserve entière !

-Et c'est tout ?

-Un bouquin aussi, mais ça je m'en fous un peu...

-Un livre ? C'était quoi ?

-Un truc de Kundera que m'avais passé mes parents.

J'adore Kundera.

-Tu l'as lu ?

-Non, j'ai pas que ça à faire et en plus ça a l'air trop chiant.

-C'est lequel ?

-La farce ou un truc de ce genre.

-La plaisanterie ?

-Voila, c'est ça.

J'adore ce bouquin. Sale petit con, si je m'écoutais, je t'aurais bien persuadé de l'excellence de ce bouquin. Malheureusement, je n'ai pas le temps. D'ailleurs, la piste du bouquin me semble intéressante. Non seulement le titre mais aussi le rapport avec le mien. Le lien entre les histoires de Kundera et feu l'URSS est quand même assez simple. Enfin bon, ne tirons pas de conclusions hâtives.

-Et il y avait écrit quoi sur ton message ?

-Rendez-vous à la cabine à 21h45.

Bon, rien de surprenant. Nous voilà donc trois dans la même situation et personne d'autre ne semble vouloir venir à cette fichue cabine. De toute façon, le coup d'œil que je lance à ma montre – 21h57 – me fait penser que notre mystérieux laisseur de message ne viendra plus. Rageant.

-Bon, il est un peu trop tard j'imagine, qu'est-ce qu'on fait, lança Marcel.

-Je pense qu'on peut toujours fouiller la cabine, ça ne coûte rien.

Aussitôt dit, aussitôt fait, nous voilà à deux dans une cabine, un peu serrés, à chercher partout pendant que le troisième nous regarde amusé. Bon, un papier, au dessus du téléphone, bien caché. Je le sors fébrilement et le montre à mon compagnon. Impatient, il me l'arrache des mains et le déplie en tremblant. Étonné, il me le tend avec sur le visage une moue interrogative. Intrigué, je le regarde à mon tour et je lis ces mots :

Les communistes et les clowns seront logés à la même enseigne !

RDV à 22h30 vous savez où.

Et voilà j'étais sûr qu'on aboutirait à ce satané rendez-vous. Je ne sais pourquoi mais je le pressentais. 21H45, c'était trop facile manifestement.

Rageant.

Avec tout ça, quelle heure ça nous fait, au fait ? Un rapide coup d'œil à ma montre m'indique 22h08, ça va encore. Sauf que je remarque aussi qu'il n'y a presque plus personne dehors et qu'on va avoir du mal à être à la chapelle – car c'était évidemment à la chapelle – à l'heure si on est remarqué. Une seule solution envisageable, c'est parti.

-Marcel, on laisse tomber et on va au piano ?

Le tout appuyé d'un clin d'œil en direction du tiers observateur. Ceux qui ne savent pas diriger leurs clins d'œil n'ont qu'à fait un effort d'imagination. En tout cas, il me comprend et est manifestement en accord avec moi sur le fait qu'on ne bénéficierait en rien de s'encombrer d'un troisième, surtout celui-là, objectivement.

-Et les objets volés, nous demande-t-il. Qu'est-ce que vous comptez faire ?

-On verra ça demain, c'est sûrement une mauvaise blague. J'espère juste pour toi que le voleur n'avait pas trop faim.

-Très drôle. En tout cas il a intérêt à me les rendre. Moi, je rentre à ma chambre, allez, bonne nuit.

Il s'en va, une bonne chose de faite. On lui tachera néanmoins de lui rendre ses gouters et son livre si on les trouve. En attendant, il faut qu'on aille au piano du collège, au moins jusqu'à l'heure du rendez-vous. C'est d'ailleurs ce que nous sommes en train de faire et nous arrivons même à la sale en question.

-Alors qu'est-ce que tu penses de tout ça, me demande mon ami une fois la porte fermée. C'est quand même bizarre toute cette histoire, tu ne trouves pas ?

-Plus que bizarre, c'est même complètement étrange. Mais je crois que je commence à en entrevoir le fond et décidément, ça m'amuse de plus en plus.

-Moi aussi. J'espère juste que ça restera une plaisanterie, comme le livre en question, et qu'on récupèrera finalement mon portable. Mais tu dis que tu entrevois quelque chose, de quoi s'agit-il ?

-Eh bien, comme tu le sais, je suis maintenant moi aussi victime de ce mystérieux voleur. Mais je ne t'ai pas précisé ce qui m'a été dérobé. Et c'est là le point clé.

-Qu'est-ce donc ?

-Un exemplaire du Capital ...

-Du Cap... tu lis Marx, toi ?

-Par pure curiosité, oui. Enfin, je n'avais pas encore commencé mais je comptais m'y mettre prochainement, surtout que je viens de terminer mon dernier Giono... Mais ce n'est pas ce dont nous parlions. Le fait est que ça explique facilement le contenu du message de la cabine. Pour la partie des communistes en tout cas. Par contre, je ne comprend pas la partie sur les clowns.

-Je crois que je peux l'expliquer facilement. Il y a quelques jours, alors que j'effectuais un petit exercice de scène en rentrant en cours, le professeur, excédé, m'a fait une remarque. Me demandant si je croyais pouvoir continuer indéfiniment à faire le clown impunément. Je pense que ça vient de là.

-Parfait, maintenant on est sûr que le message s'adresse à nous. Quant à notre camarade et sa nourriture, je pense que ça vient aussi du livre qui lui a été dérobé. Même s'il n'a fait que lire le quatrième de couverture, notre voleur a du penser, à mal, que l'auteur de la Plaisanterie était communiste, ce qui n'est bien évidemment pas le cas. Enfin, j'imagine qu'on ne peut pas trop en demander à un voleur de téléphone, blagueur ou non.

-Si tu le dis. En tout cas, nous avons plusieurs informations sur le malfaiteur. Ou bien c'est un as de la plaisanterie finement montée ou bien il cherche vraiment à nous nuire à cause de raisons qui sont en plus infondées.

-Je pencherais plutôt pour le premier choix, je vois mal un fanatique anti-communiste et opposé fermement à toute forme de comédie, gourmand par la même occasion, prenant plaisir à préparer un tel jeu de piste dans le lycée.

-Bien d'accord, d'ailleurs, je crois qu'il est temps de continuer à jouer, l'heure approche. Le piano sera pour une autre fois.

En effet, mon ami a bien raison, il est même plus que l'heure. Nous dévalons les escaliers, traversons la cour et en remontons d'autres ; un peu moins vite parce que, malgré tout, courir c'est fatigant...

Nous arrivons au deuxième étage, lieu de notre rendez-vous, vers 22h30. Si vous voulez vraiment savoir, il est même 22h29, nous avons une minute d'avance.

22 heures 30

Le temps de changer de chapitre, l'heure a avancé et il est bien 22h30, cette fois-ci. Nous avançons dans le couloir sombre jusqu'à la porte de la chapelle.

Personne en vue, tout va bien...

...

..?

Comment cela tout va bien ? Mais non, ça ne va pas, pas du tout même ! Pourquoi n'y a-t-il personne ? Et notre rendez-vous alors ?

J'ai comme l'impression qu'on s'est moqué de nous et c'est d'autant plus rageant que c'était notre dernière piste. J'en fait part à mon ami qui a l'air aussi dépité que moi. Qu'allons-nous bien pouvoir faire ? Je lui propose de s'en aller et de rentrer tranquillement se coucher, cela aussi sera pour une autre fois, du moins l'espèré-je.

Mais mon ami a alors une idée géniale. Il se ravise et reviens à la porte dont il attrape la poignée avant de la tourner et de constater que, contrairement à ce qui est normalement le cas, la porte s'ouvre.

Stupeur.

Je répondrais à celui qui me reprocherais de ne pas y avoir pensé moi-même que la chapelle est notoirement insalubre et que l'accès y est donc formellement interdit. D'ailleurs, personne n'a vu cette porte ouverte depuis longtemps avant mon arrivée. Penser à l'ouvrir relève donc de l'intuition quasi-surnaturelle.

Mais maintenant que je constate que la porte est ouverte, cela me paraît presque évident. Le papier ne mentionnait-il pas un rendez-vous à la chapelle et non dans le couloir du deuxième étage ?

De toute façon, c'est ouvert et mon ami commence à entrer.

-Je te rappelle comme ça que si la porte est habituellement fermée c'est parce que c'est dangereux là-dedans, lui dis-je.

-C'est pas grave, on est là et on va pas attendre bêtement. Si c'est ouvert, c'est qu'il y a une raison et je veux savoir ce que c'est.

Bien. Maintenant qu'il a balayé ma tentative de prudence, je redeviens moi-même. On fonce.

-Laisse-moi passer devant, je suis plus léger, si le sol est fragile, il cassera moins facilement sous moi.

Justification lamentable mais qu'il accepte néanmoins. Me voilà donc premier explorateur de ce lieu inconnu.

Ce qui me frappe avant tout, ce n'est rien. Enfin, le fait est que je ne vois rien, il fait noir comme dans un four et on n'y voit rien.Vous me passerez les tentatives d'humour, il faut bien se rassurer d'une quelconque manière. Ça reste malgré tout effrayant d'explorer un bâtiment croulant dans le noir, surtout au deuxième étage.

Tout à coup, une lumière s'allume sur notre gauche et je vois se dessiner une silhouette contre la source lumineuse.

-Vous êtes en retard.

-Faute de précisions dans le message, répondé-je, comment est-ce qu'on était censé deviner que le rendez-vous était à l'intérieur d'une pièce normalement inaccessible.

-C'est moi qui pose les questions.

Direct. En plus, il n'est pas allé la chercher très loin celle-là ; un peu facile à mon goût.

-En ce cas, allez-y, posez-les où vous voulez.

Celle-là, c'est ma préférée et c'est quand même d'un autre niveau. On va dire que j'ai marqué le premier point.

-Mais bien évidemment.

Même pas drôle, il n'a pas réagi...

-Néanmoins, je vais avant tout vous demander de me suivre un peu plus loin à l'intérieur. Ne vous inquiétez pas, le plancher est solide.

Il nous conduit donc plus loin. J'aurais envie de rajouter, plus loin de la porte et donc de la seule issue mais ça serait céder à des appréhensions que je me défend de ressentir. J'essaie d'apercevoir son visage mais il s'arrange assez bien pour ne nous offrir que son dos. Arrivé assez loin, manifestement, à son goût, il nous prie de nous assoir sur un banc qui traine assez opportunément par là. S'asseyant à son tour, la lampe toujours placée derrière lui, le visage toujours dans l'ombre, il reprend parole.

-Bien, maintenant nous avons à parler. J'imagine que vous êtes venu pour récupérer vos biens. Je suis au regret de vous annoncer que ce ne sera pas aussi simple que vous l'espérez sûrement car, voyez-vous, j'ai une bonne raison de posséder ce qui vous appartient.

Bien. Le coup d'œil que me rend mon ami vient conforter l'idée que me suggère mon impétueux esprit. En bref, on lui saute dessus, on le fouille et on le force, si la fouille s'avère infructueuse, à révéler l'emplacement de son larcin. Mais ces regards n'ont pas du échapper à notre interlocuteur qui s'empresse d'ajouter une précision.

-Bien évidemment, nous ne sommes pas seuls dans cet endroit. Vous allez bien vite comprendre que vous n'avez pas affaire à un simple voleur de téléphones et de livres.

Il bluffe, j'en suis sûr.

Un mouvement dans mon dos, à quelques mètres...

Bon, d'accord, il ne bluffe pas, dommage.

Réalisant plus ou moins ma réaction, il ricane et continue.

-D'ailleurs, à propos de livre, je m'attendais à en trouver un de plus. Où est le troisième ? J'espère pour lui qu'il n'est pas resté pour couvrir vos arrières car dans ce cas, il a du être intercepté vigoureusement.

-Oh, je doute qu'il se soit fait prendre, il est allé se coucher et j'ai confiance en la sécurité de son lit, je lui répond.

Je continue à garder un ton calme et mon humour, sinon on est pas sorti de l'auberge. De la chapelle d'ailleurs.

-Mais pourquoi ne nous expliques-tu pas plutôt la raison de notre présence ici avant de nous rendre gentiment ce que tu nous as pris ?

-J'y viens. La raison de cette confiscation de vos biens est que nous avons quelque chose à reprocher fortement à chacun d'entre vous, surtout vous deux, et que vous ne pouvez en aucun cas rester impuni.

Alors comme ça, c'est "nous", manifestement on a affaire à quelque chose de gros. Finalement, je crois que ça m'amuse presque autant que j'essaie de le faire croire.

-Ah ouais ? Et qu'est-ce qu'on aurait encore fait de mal pour mériter un tel dérangement ?

Tiens, mon compagnon entre dans la discussion, ça promet d'être animé. Son ton me confirme que tout cela commence à les lui chauffer un peu trop à son goût.

-Puisque tu me demandes, je vais commencer par toi. Ton comportement est indigne d'un homme. Tout ce que tu fais nous est intolérable. Sache que nous haïssons toutes ces sortes de clowneries que tu pratiques sans arrêt. Tu ne sais donc pas te comporter comme un être humain et non comme je ne sais quel primates ?

La fureur qui est monté au long de sa tirade m'a quelque peu impressionné. Ce type là croit vraiment ce qu'il dit. À part ça, l'accusation était prévisible mais je dois avouer que je suis toujours aussi intrigué par sa première personne du pluriel. De qui peut-il bien parler ?

-C'est qui "nous" , lui demandé-je donc.

-Toi, le sale communiste-anarchiste, tu ne vaus pas mieux. C'est à cause de gens comme toi que le monde est comme il est. Ça ne vous a pas suffit la révolution et la chute de la monarchie, il a en plus fallu que vous vous mettiez au socialisme.

Anarchiste, oui, mais passif. Par contre, communiste, alors là non. Ça m'énerve ça. Un point rassurant tout de même, il mélange tout. Ce type n'est donc qu'un pauvre gamin à qui je ne sais qui à inculqué des convictions qu'il défend avec une ferveur aveugle. Il doit y avoir quelqu'un derrière tout ça quand même.

-Superbe démonstration d'ignorance et de bêtise mais tu n'as répondu à ma question.

Il ne tique pas et répond enfin.

-"Nous" ? Et bien les jeunesse monarchistes françaises évidemment, ceux dont les représentants dans ce lycée vont vous remettre dans le droit chemin dès ce soir.

Jamais entendu parler. Par contre, pas le temps de lui demander des précisions parce que la fin de sa phrase, qui ne sonnait déjà pas vraiment en notre faveur, a en plus déclenché du mouvement derrière nous et je doit utiliser à bon escient les quelques fractions de secondes qu'il me reste avant que se mouvement ne nous atteigne pour tenter de décamper. J'attrape mon ami par le bras avant de m'élancer.

-On s'casse !

Et nous nous élançons de concert vers la droite sous les yeux que j'imagine ébahis de notre interlocuteur qui crie :

-Attrapez-les, on doit les remettre dans le droit chemin avant minuit pour rendre le rapport !

Bizarre. Mais je n'ai pas vraiment le temps d'y penser parce que nous arrivons au mur, qu'il va falloir décider d'un chemin par où filer, que je ne sais pas du tout où la porte est et qu'il va falloir que je raconte ce qui se passe plutôt que ce qui me passe par la tête.

Je prend la tête et dit à mon ami de me suivre avant d'obliquer à droite. La lumière encore allumée nous permet tout juste de ne pas trébucher sur les bancs renversés ça et là. Nos poursuivants sont juste derrière nous. À l'oreille, je dirais qu'ils sont trois.

Un mur. Le longer vers la droite. Une porte. Elle s'ouvre sur un escalier qui monte je ne sais où mais, surtout, il y a un interrupteur sur le mur. Je l'allume et la cage s'éclaire, révélant un colimaçon dont je ne vois pas le haut de là où nous sommes.

D'ailleurs nous n'y sommes déjà plus car nous commençons à gravir les marches par volées pendant que nos poursuivants arrivent à la porte.

-Ils sont rentrés là-dedans !

-D'accord, vous deux, vous les suivez. Nous on va prendre l'autre escalier pour les coincer en haut.

Un rapide coup d'œil réciproque avec mon ami, on se comprend et on continue. L'idée étant que de toute façon, nous n'avons pas vraiment le choix et que mieux vaut monter vers l'inconnu que redescendre vers un connu peu réjouissant.

Nous arrivons en haut des marches sur un palier toujours éclairé. Je dirais que nous sommes juste au dessus de la chapelle.

En fait de palier, c'est un corridor qui débouche presque instantanément sur une galerie qui fait manifestement le tour de la salle, à l'exception du mur à notre gauche, juste en dessous du plafond. La salle est d'ailleurs traversé par deux poutres qui se croisent. Nous sommes au milieu d'un des murs.

J'aperçois sur le mur en face, une porte identique à la notre et qui redescend de toute évidence dans la salle, juste à côté de la porte d'entrée comme je m'en rend compte en regardant en bas. Il y a aussi une porte au milieu du mur à droite. Nous avançons le long de la galerie après avoir verrouillé rapidement la porte derrière nous. Malheureusement, nous voyons la porte du mur de droite s'ouvrir pour laisser passer deux de nos poursuivants, vraisemblablement ceux qui avaient déclaré vouloir nous prendre à revers. Pendant ce temps-là, les deux autres tentent vainement d'ouvrir la porte derrière nous.

Vous allez sûrement me dire qu'à ce point, notre fuite semblant particulièrement compromise, nous aurions pu assez simplement nous livrer à nos poursuivants et récupérer nos affaires après discussion et d'hypocrites excuses et autres mea culpa mais c'est sans compter le fait que mon ami et moi avons une certaine tendance à choisir les options les plus amusantes à nos yeux ce qui nous met parfois dans des situations plus qu'inhabituelles. De plus, j'ai remarqué un fait assez incongru, nos deux poursuivants sont masqués. Mais ils ne portent pas de simples masques de présidents américains ou de personnages de dessins animés comme il est l'usage. Non, nos poursuivants portent des cagoules noires avec en lettre blanches des initiales indéchiffrables à cette distance. Ces deux raisons nous font prendre conjointement et sans concertation l'option la moins prudente, la poutre.

En effet, nous commençons à avancer le long de la poutre qui traverse la salle en longueur. Je vous l'accorde, même à 5 mètres au dessus du sol, ça reste dangereux. Mais je dois aussi avouer que ce n'est pas notre préoccupation première à cet instant.

Alors que nous progressons sur notre voie aérienne, nos poursuivants masqués se décident à emprunter la poutre transversale qui croise la notre en son milieu.

Heureusement, nous avons déjà bien progressé et pouvons espérer atteindre l'autre côté avant qu'il ne nous atteignent.

C'est d'ailleurs ce qui arrive et nous nous dépêchons d'ouvrir la porte d'en face afin d'emprunter l'escalier. Mais un bruit inquiétant nous retient.

Les deux qui nous suivaient dans l'escalier se sont décidé à enfoncer la porte ce qui a résulté en le bruit que nous venons d'entendre. Mais je précise qu'il est inquiétant parce qu'en fait, je crois bien qu'ils ont surestimé la solidité de ce vieux bâtiment délabré et que la course poursuite dans l'escalier en bois, le poid de quatre personnes de taille adulte sur les poutres et l'enfoncement violent d'une des portes ont commencé à avoir raison de cette solidité déjà fortement affaiblie. Toujours est-il qu'une des deux poutres vient de lâcher et que manifestement, la portion de plafond qu'elle soutenait n'a pas apprécié cette perte d'appui et commence à suivre la poutre dans son effondrement.

Je vous raconte tout cela avec calme parce que nous, pendant ce temps là, nous avons quand même pris l'escalier, histoire de se retrouver plus près de la sortir en cas d'effondrement générale du bâtiment.

Après l'effondrement partiel d'un bout du plafond et de la poutre, alors que les deux hommes masqués sur la poutre encore en place tentent de la quitter au plus vite, leurs efforts combinés commencent à avoir raison de sa solidité à elle aussi. À ce point de la scène, nous nous éclipsons pour éviter les fragments du plafond qui commencent à choir. La dernière chose que nous voyons avant de fermer la porte rapidement, c'est nos quatre poursuivants sains et saufs sur la gallerie qui commence à son tour à lâcher. Espérons qu'il réussissent à prendre l'escalier.

Soudain, un énorme bruit nous parvient à travers la porte. Comme une gallerie de bois qui serait tombé de 5 mètres de haut.

Sauf qu'il me vient quelque chose à l'esprit et que j'en fais part à mon partenaire.

-Tu penses pas qu'il faudrait aller aider notre mystérieux ravisseur, j'ai vu qu'il était encore en bas dans la salle.

-J'aurais bien envie de le laisser se faire écraser mais ça serait immoral et je crois qu'on est censé être les gentils qui se font persécuter. Allons-y.

Bien réfléchi. Nous pénétrons à nouveau dans la pièce pour constater l'étendue des dégâts. La moitié de la galerie s'est abattu, entrainant avec elle les deux poutres et un bon tiers du plafond, ce qui nous permet d'admirer brièvement le ciel étoilé avant d'apercevoir sous une des poutres notre interlocuteur qui crie à l'aide.

Sans prèter attention à son visage enfin dévoilé et que nous connaissons bien, nous nous précipitons pour l'aider et parvenons, en combinant nos trois efforts, à le sortir de là.

-Où sont tes quatre amis ?

-Partis par une autre porte, ils m'ont laissé là. Vite, dépêchons-nous de sortir, le reste va s'effondrer aussi.

Aussitôt dit, aussitôt fait, à la fois nous qui sortons et un autre tiers du plafond qui commence à son tour à aller se reposer avec les autres.

Puis s'ensuit une cavalcade dans l'escalier. Même si nous sommes apparemment en lieu sûr, on n'est jamais trop prudent, surtout lorsqu'un bâtiment s'effondre près de vous.

Nous arrivons dans la cour pour assister à la fin de l'effondrement du plafond et des murs qui on finalement suivi le reste. Il ne reste à la place de l'étage en bois de la chapelle qu'un étrange vide plutôt incongru.

Blasés, nous nous tournons vers celui qui nous doit probablement la vie.

-Bon, je vais vous rendre vos affaires. Excusez-moi. J'imagine que je vais devoir porter la responsabilité de l'effondrement de la chapelle.

-Mais non. Si vous promettez par exemple, tes amis et toi, de ne plus trop nous embêter, on dira qu'on est descendu du collège où on faisait du piano pour voir ce qu'il se passait.

-De toute façon, des amis qui vous laissent sous des décombres pour s'enfuir, c'est pas très motivant, je crois que je vais laisser tomber tout ça.

À la bonne heure.

N'empêche, s'il faut détruire une chapelle pour chaque reconversion de royaliste fervent de 17 ans, ça risque de coûter cher. Je me demande s'il ne vaut pas mieux les laisser à leurs aveugles idéaux.